L’eau commence à entrer sous la porte du garage. Ta voiture est en bas, tes cartons de souvenirs aussi. Le réflexe est immédiat : descendre, vite, sauver ce qui peut l’être.
C’est exactement le geste que toutes les consignes officielles interdisent. En cas d’inondation, les sous-sols, les garages et les parkings souterrains sont les premiers à se remplir, et ce sont les endroits où l’on se fait piéger. Même logique dehors : la voiture, qui donne l’impression d’être à l’abri, devient un piège dès que l’eau monte.
Une inondation ne se gère donc pas d’abord avec du matériel, mais avec des réflexes. Les bons, et surtout l’absence des mauvais. Voici lesquels, avant, pendant et après.
Ton logement est-il exposé ?
Première étape, à faire à froid : savoir si ta rue est concernée. Le site public Géorisques affiche, à partir d’une simple adresse, les risques qui touchent ton logement, inondation comprise : débordement de cours d’eau, remontée de nappe ou submersion marine selon les endroits. On t’explique comment le lire dans notre guide sur les risques près de chez soi.
Bon à savoir si tu loues ou achètes : depuis le 1er janvier 2023, l’information sur les risques est renforcée. Toute annonce de vente ou de location doit renvoyer vers Géorisques, et l’état des risques doit être remis dès la première visite, et non plus seulement à la signature. C’est un document à lire, pas à ranger sans l’ouvrir.
Avant : se préparer quand on vit en zone inondable
Tout ce qui suit se fait en une soirée, et une fois pour toutes.
Repère tes coupures. Sache où se trouvent ton disjoncteur électrique et le robinet d’arrêt du gaz. Le jour où l’eau arrive, tu n’auras pas le temps de chercher.
Mets tes papiers à l’abri. Pièce d’identité, carte Vitale, contrat d’assurance habitation, ordonnances : range-les en hauteur, et des copies dans une pochette étanche. Celle-ci a sa place dans ton sac d’évacuation, pour le jour où il faudrait partir.
Prépare de quoi tenir chez toi. La consigne principale pendant une inondation, c’est de rester à l’abri, en hauteur. Il faut pouvoir le faire sereinement, même sans courant : eau, nourriture qui se mange sans cuisson, lampe, radio, médicaments. Tout est dans notre kit d’urgence 72 h, à ranger à l’étage plutôt qu’à la cave. Et si l’électricité saute, notre guide sur la coupure d’électricité longue prend le relais.
Mets les produits dangereux en hauteur. Produits ménagers, peintures, solvants : l’eau les disperse partout.
Branche-toi sur les alertes. Le service public Vigicrues suit les crues des cours d’eau surveillés. Tu peux t’y créer un compte gratuit pour recevoir les bulletins du secteur de ton choix, ou installer l’application mobile, qui t’envoie une notification quand le niveau de vigilance change. Renseigne-toi aussi auprès de ta mairie sur le système d’alerte de ta commune. Et pour comprendre ce que veulent vraiment dire les couleurs jaune, orange et rouge, lis notre article sur les niveaux de vigilance météo.
Pendant : les consignes officielles, situation par situation
Le gouvernement diffuse chaque année les consignes « pluie-inondation ». Plutôt que de les apprendre par cœur, range-les selon l’endroit où tu te trouves. Ce sont les mêmes que pour les épisodes méditerranéens.
Si tu es chez toi.
- Tu restes à l’intérieur et tu ne descends pas au sous-sol, au garage ou au parking souterrain, même pour la voiture.
- Si l’eau monte, tu te réfugies en hauteur, à l’étage, avec ton kit d’urgence.
- Si c’est possible sans te mettre en danger, tu coupes le gaz, l’électricité et le chauffage.
- Tu t’informes en continu : consignes de la mairie et des secours, Vigicrues, Météo-France. Une radio à manivelle continue de fonctionner quand le courant et la batterie du téléphone ont lâché.
- Tu n’évacues que sur ordre des autorités.
- Tu évites de téléphoner, pour laisser les lignes libres aux secours.
Si tu es dehors.
- Tu reportes tes déplacements, à pied comme en voiture.
- Tu t’éloignes des cours d’eau et tu ne t’engages jamais sur une route inondée, un pont submersible, un gué ou un passage souterrain.
- Tu te réfugies dans un bâtiment, en hauteur.
En voiture.
- Tu ne prends pas la voiture. Selon Géorisques, 30 cm d’eau suffisent à emporter un véhicule.
- Si tu es déjà sur la route et que la chaussée est inondée devant toi, tu fais demi-tour, même si la voiture d’avant est passée.
Pour tes proches.
- Tu ne vas pas chercher tes enfants à l’école ou à la crèche : ils y sont en sécurité, et le danger est sur le trajet.
- Tu prends des nouvelles de tes voisins âgés ou isolés, par téléphone ou message une fois l’urgence passée.
Après : rentrer chez soi sans se mettre en danger
L’eau est partie, mais le logement n’est pas redevenu sûr pour autant. Le guide national de remise en état des bâtiments après une inondation insiste sur plusieurs points.
Ne rentre pas seul. Fais-toi accompagner par quelqu’un qui pourra donner l’alerte en cas de problème. Avant d’entrer, vérifie les murs, les planchers et les escaliers : un sol gorgé d’eau peut s’affaisser.
Ne remets pas le courant toi-même. L’électricité ne se rétablit que sur une installation sèche, après vérification par un électricien qualifié.
Pareil pour le gaz. Aucune remise en service avant le contrôle de l’installation par un professionnel. Si ça sent le gaz, tu ne touches à rien d’électrique, tu sors, et tu appelles depuis l’extérieur.
Ne bois pas l’eau du robinet tant que le service de distribution ou la mairie ne l’a pas formellement autorisé. En attendant, eau en bouteille. Et même si l’eau coule normalement, fais vérifier ton installation : l’inondation a pu créer des fuites.
Jette les aliments qui ont été en contact avec l’eau ou qui sont restés dans un frigo ou un congélateur hors service.
Aère, nettoie, sèche. Et ne réemménage pas trop tôt : un logement nettoyé mais mal asséché peut causer de sérieux problèmes de santé.
Les démarches d’assurance, avec les bons délais
Photographie tout avant de nettoyer. France Assureurs recommande de prendre photos ou vidéos des dégâts avant toute mesure de sauvegarde. Garde les objets abîmés pour l’expert, ainsi que toutes les factures (achats, réparations, matériaux). En cas de fortes dégradations, attends le passage ou l’accord de l’expert avant de commencer le nettoyage.
Préviens ton assureur au plus vite, par tous moyens. Si ton contrat d’habitation comprend une garantie dommages (incendie ou dégât des eaux, comme une multirisque habitation), tu es automatiquement couvert contre les catastrophes naturelles.
Si l’état de catastrophe naturelle est reconnu, voici comment ça se passe :
- La mairie a 24 mois après l’événement pour déposer sa demande auprès du préfet.
- L’arrêté interministériel de reconnaissance est publié au Journal officiel dans les deux mois qui suivent le dépôt des demandes à la préfecture.
- Tu as alors 30 jours après la parution de l’arrêté au Journal officiel pour déclarer tes dommages à ton assureur, si ce n’est pas déjà fait. Ta déclaration détaille les dégâts et dresse la liste chiffrée des biens perdus ou endommagés.
- L’assureur doit t’indemniser dans les 3 mois qui suivent la remise de ton état estimatif des dommages, ou la publication de l’arrêté si elle est plus tardive. Une provision peut être versée plus tôt, dans les deux mois.
- La franchise légale est de 380 € pour une habitation.
Sans reconnaissance de catastrophe naturelle, c’est ton contrat qui s’applique, avec un délai de déclaration généralement plus court : souvent 5 jours ouvrés, selon France Assureurs. Vérifie celui de ton contrat.
Les 5 erreurs à ne jamais faire
- Descendre au sous-sol, au garage ou au parking pour sauver la voiture ou des affaires. C’est là que l’eau monte en premier.
- Prendre la voiture ou traverser une route inondée. 30 cm d’eau suffisent à emporter un véhicule.
- Aller chercher les enfants à l’école. Ils y sont en sécurité ; toi, sur la route, tu ne l’es pas.
- Remettre l’électricité ou le gaz soi-même au retour, avant le contrôle d’un professionnel.
- Boire l’eau du robinet avant l’autorisation de la mairie ou du service des eaux.
Une inondation ne prévient pas toujours longtemps à l’avance. Ceux qui s’en sortent le mieux ne sont pas les mieux équipés : ce sont ceux qui savent déjà ce qu’il ne faut pas faire.
Sources : Géorisques — « Que faire en cas d’inondation ? », « L’information des acquéreurs et des locataires (IAL) », « Le dispositif d’indemnisation des catastrophes naturelles » ; ministère de la Transition écologique — « Pluie-inondation : les bons réflexes », « Inondations : guide de remise en état des bâtiments », « Changements en vigueur au 1er janvier 2023 », application Vigicrues ; Vigicrues ; economie.gouv.fr — « Catastrophe naturelle : comment fonctionnent les indemnisations ? » ; France Assureurs — « Inondations : l’indemnisation des dommages en cas de catastrophe naturelle ».



